La stimulation cérébrale profonde : d'où partons-nous, où en sommes-nous, où allons-nous ?

Maladie neurologique
Alim-Louis Benabid

Conférence de Alim-Louis Benabid, membre de l'Académie des sciences

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative qui se caractérise principalement au plan biologique par une diminution du taux de dopamine au niveau du striatum, et cliniquement par une altération multi-symptomatique de la motricité, conduisant à un handicap progressivement sévère. Le traitement est essentiellement substitutif par administration de la levodopa, précurseur de la dopamine, qui, elle, va se fixer sur les récepteurs dopaminergiques du striatum.
Après plusieurs années de ce traitement, des complications liées à une perturbation du fonctionnement de ces récepteurs, conduisent à l'apparition de mouvements anormaux incontrôlables aussi handicapants que la maladie elle-même.

Dans ces cas de formes sévères, il est nécessaire de trouver des alternatives thérapeutiques (greffes neuronales, délivrance localisée d'agonistes dopaminergiques, thérapie génique,…), pour beaucoup encore expérimentales ou insuffisamment efficaces. Dans cette perspective, et dans un contexte de sérendipité, nous avons découvert les effets paradoxaux de la stimulation électrique à haute fréquence (SHF), qui mime les effets obtenus par la destruction des cibles où elle est appliquée, mais cet effet inhibiteur paradoxal est complètement réversible, ce qui assure une très faible morbidité de la méthode.
Appliquée dans différentes cibles des noyaux gris centraux, elle est devenue la méthode chirurgicale de référence dans le traitement de la maladie de Parkinson.
Elle se révèle être de surcroît un outil remarquable pour explorer de nouvelles cibles dans d'autres maladies et les applications actuelles de la SHF débordent la maladie de Parkinson, concernent l'épilepsie, les algies vasculaires de la face, les dystonies. Elle a surtout permis de réouvrir le champ de la « psychochirurgie » avec des résultats remarquables dans les troubles obsessifs compulsifs, les dépressions sévères rebelles, les troubles de l'alimentation (anorexie, obésité). Les mécanismes d'action sont encore incomplètement déchiffrés, et il semble que les effets, dans les maladies maintenant explorées, restent symptomatiques et n'altèrent pas l'évolution des maladies, notamment de la maladie de Parkinson. Dans la perspective d'une approche qui soit plus que symptomatique mais surtout neuroprotectrice, sans dire curative, nous avons cherché des méthodes différentes capables d'antagoniser les effets de la dégénérescence neuronale au niveau des mitochondries des cellules dopaminergiques.

La solution que nous explorons actuellement met en jeu les effets de l'irradiation dans le proche infrarouge, qui interfère avec les photos-accepteurs mitochondriaux tels que la cytochrome C oxydase.

Nos résultats expérimentaux chez la souris, le rat, et le singe sont très significatifs, et nous conduisent à envisager rapidement les essais cliniques, chez des malades parkinsoniens au début de la maladie, afin de ralentir voire d'arrêter le processus dégénératif à des stades les plus précoces.

Vidéo de la conférence
Durée : 01:15:31

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