Immunité covid-19

Nos académiciens répondent aux questions que tout le monde se pose sur le thème de l'immunité dans le cadre de l'épidémie de Coronavirus COVID-19.

  • Comment l’organisme se défend naturellement contre le coronavirus ?

    L’action du système immunitaire se déroule en plusieurs phases. La première, qui dure 5 à 6 jours, fait intervenir l’immunité innée qui se met en place rapidement. La seconde phase, qui commence vers le 7e jour, fait intervenir ce que l’on appelle l’immunité adaptative, qui est spécifique du virus et aboutit à la protection du malade. L’immunité adaptative se développe grâce à l’action conjointe de cellules du sang, les lymphocytes T, qui détruisent les cellules infectées par le virus, et des lymphocytes B qui produisent des anticorps. Ces anticorps contribuent surtout à la protection contre les réinfections à un moment ultérieur où ils auront acquis une grande affinité contre le virus.
    Cette réponse immunitaire conduit à la guérison de l’infection en 10 à 14 jours et à une protection contre des infections ultérieures. Il se trouve malheureusement que dans 15-20% des cas, alors que le virus est en train de disparaître, l’immunité cellulaire contre le virus s’emballe et donne lieu à un orage cytokinique. On entend sous ce terme la production d’un grand nombre de molécules inflammatoires sécrétées en grande quantité par certaines cellules, et qui sont à l’origine d’une détresse respiratoire d’une grande gravité. On comprend dès lors que tout traitement antiviral dirigé contre le virus doit être utilisé essentiellement dans les 10 premiers jours, et que des traitements contre l’inflammation doivent être mis en place plus tard si la maladie perdure. D’où l’intérêt récemment donné à l’un de ces traitements inhibant l’action d’une de ces cytokines, l’interleukine 6.

  • Pourquoi les enfants sont-ils peu touchés ?

    Les enfants sont effectivement peu touchés (ils font souvent des formes comportant peu ou pas de symptômes en dehors de formes graves rarissimes, touchant souvent le cœur). Ils sont en outre peu contagieux. Ces observations sont mal comprises et inattendues car les enfants sont habituellement touchés par la grippe et sont contagieux.

  • Peut-on attraper deux fois le Covid-19 ?

    Un petit nombre d’observations ont suggéré qu’une deuxième infection par le virus pouvait survenir, mais sans que ces cas aient été véritablement confirmés. La réalité de rechutes ou de deuxièmes infections qui traduiraient une absence d’immunité protectrice n’a en fait jamais été démontrée.

  • Qu'est-ce que c'est que l'immunité collective ?

    On entend par immunité collective le fait qu’une fraction significative de la population est immunisée contre le virus (à l’heure actuelle 5 ou 6% en France et 10 à 12% en Ile-de-France). Une bonne immunité collective est la condition pour la disparition de l’épidémie si on fait abstraction d’un effet saisonnier (de nombreuses épidémies virales disparaissent au printemps ou en été).

  • Pourra-t-on disposer d’un vaccin ?

    La production d'un vaccin est, bien sûr, une étape indispensable qui, cependant, prendra encore de nombreuses semaines voire probablement plusieurs mois. Le vaccin, une fois administré, devrait produire une immunité adaptative protectrice contre la maladie en stimulant la production d’anticorps. L’antigène ciblé est la protéine Spike. Cette protéine peut adopter plusieurs conformations, et seuls les anticorps dirigés contre l’une de ces conformations seraient protecteurs. Des recherches pour savoir si des anticorps dirigés contre les autres conformations de Spike jouent un rôle sont en cours. Pour d’autre virus, certains de ces anticorps peuvent aggraver la maladie, d’où l’importance d’obtenir des réponses à ces questions. Les cas de seconde contamination par le virus, s’ils sont confirmés, pourrait être dus au fait que les patients n’ont pas produit d’anticorps contre la bonne conformation de Spike lors de la première infection.
    Plusieurs essais de mise au point de vaccins reposant sur l’utilisation de Spike comme antigène sont en cours. Dans certains cas, c’est une molécule d’ADN codant pour Spike et introduit dans un vecteur viral atténué ; dans d’autres, il s’agit directement de l’ARN messager qui, une fois entré dans des cellules de la personne vaccinée, dirige la production de Spike. À l’Institut Pasteur, l’approche consiste à faire exprimer la protéine Spike par le virus vaccinal de la rougeole. Il est possible que l’on dispose d’un vaccin dès 2021. Mais avant de pouvoir le valider, il est important de comprendre le type d’anticorps qu’il produit chez les individus vaccinés.

  • Qu’est-ce qu’un test sérologique ? En quoi se différentie-t-il d’un test de dépistage ?

    Les tests sérologiques permettent d’identifier les personnes qui ont déjà été infectées par le coronavirus dans le passé. Ces tests sont effectués sur prélèvement sanguin, et consistent à y rechercher la présence d’anticorps (Immunoglobulines M, Immunoglobulines G et éventuellement Immunoglobulines A), qui constituent les traces de la réponse immunologique développée par les patients contre le virus. L’objectif est de déterminer la séroprévalence de l’infection, c’est-à-dire le pourcentage des personnes qui ont contracté le virus, qu’elles aient développé des symptômes ou pas. Ces tests sont des outils destinés à accompagner les tests de dépistage après le déconfinement : ils permettront d’une part d’évaluer l’immunité collective et, d’autre part, à titre individuel, ils inciteront les personnes vulnérables non immunisées à continuer à se protéger. Ces tests utilisent deux antigènes principaux, la protéine Spike et la nucléoprotéine(N) du coronavirus. Cette dernière est très immunogène : elle induit efficacement la formation d’anticorps spécifiques. La présence de ces anticorps anti-N est un indicateur très sensible d’une infection passée.
    Les tests de dépistage visent quant à eux à identifier les personnes porteuses du virus, avec ou sans symptôme, au moment où le test est réalisé. Il existe une fenêtre courte de 4 jours à une semaine pour faire la détection, avant que la mise en place de l’immunité adaptative ait diminué la quantité des virus chez la personne infectée. Ces tests sont effectués via des prélèvements nasopharyngés, à partir desquels est recherchée par des techniques de biologie moléculaire (RT-PCR ou LAMP) la présence du coronavirus, par détection de son matériel génétique (ARN). Si le test est positif, ces personnes doivent rester isolées afin de limiter la propagation du virus.

  • Quels sont les différents types de tests sérologiques ? Quelles sont leurs limites ?

    Il existe deux grands types de tests sérologiques en cours d’évaluation :
    • Des tests réalisés sur un prélèvement sanguin à partir d’une prise de sang : méthode ELISA
    • Des tests rapides ou ultra-rapides présentés sous un format unitaire et qui permettent par une simple goutte de sang déposée sur un petit dispositif de rendre une réponse en quelques minutes) sur la présence ou pas d’anticorps précoces (IgM) ou d’anticorps plus tardifs (IgG ou IgA) traduisant probablement une immunité contre le virus.

    La fiabilité de ces tests représente actuellement un véritable défi : ces tests pourraient en effet générer des résultats faux-positifs en détectant dans l’organisme la présence d’anticorps contre d’autres coronavirus que celui du COVID-19.

  • À quoi sont dus les faux-positifs dans les tests sérologiques dont on entend parler ?

    La raison principale des faux-positifs est une une réactivité croisée du SARS-CoV-2 avec un coronavirus saisonnier ayant infecté récemment le patient.

  • Pourquoi ne pas utiliser à grande échelle les tests de diagnostic rapide qui rassureraient la population ?

    À l’heure actuelle, le frein principal à l’utilisation de ces tests à grande échelle est le fait qu’il y a peu de données sur leur fiabilité.


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