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André RASSAT


15 juillet 1932 - 16 juillet 2005


Notice nécrologique

Professeur émérite à l'université Pierre et Marie Curie et à l'École normale supérieure, André Rassat avait été élu Correspondant de l'Académie des sciences, le 24 janvier 1983, dans la section de Chimie.

Avec André Rassat vient de disparaître une figure originale de la chimie européenne. En témoigne la liste complète de ses publications, qui permet de reconstruire son activité scientifique, qu'aucun de nous n'a pu vraiment suivre tant elle a été variée.
André a été mon premier élève, et avait préparé avec moi, à l'École normale, son diplôme d'études supérieures, en synthétisant une série de dérivés du camphène pour affiner la comparaison de leurs propriétés optiques avec celles du longifolène qui faisait l'objet de ma propre thèse. Dès cette époque, son travail était de la vraie chimie, mais enrichie par un intérêt inhabituel et une habileté exceptionnelle, pour les relations spectres/structure, les anomalies stéréochimiques, la physique et même la mathématique de la chimie...
Sa carrière s'est déroulée d'abord à Grenoble, dans l'environnement exceptionnel du Centre d'études nucléaires que dirigeait Bernard Delapalme. Il y développa la synthèse et l'étude des nitroxydes, intéressant les physiciens et les chimistes en tant que radicaux libres stables, mais aussi les militaires pour les systèmes de navigation des sous-marins nucléaires. En même temps, il participa à des travaux sur des alcaloïdes, en collaboration avec Raymond Goutarel, mais aussi au cours d'un bref stage pré-doctoral chez Prelog à Zurich. Pendant ces mêmes années, il entreprit une série de recherches sur la réduction de cétones par les métaux en dissolution; par sa thèse, il devait contribuer de façon décisive à la compréhension de la stéréochimie bizarre de ces réductions.
Nommé Professeur à Grenoble, il y joua un rôle décisif dans la réorganisation de la chimie moléculaire au sein de l'Université Joseph Fourier, avant de revenir à l'Ecole Normale comme Directeur du laboratoire de Chimie. Ceci l'amena à une nouvelle réorientation, où il mit à profit ses compétences de chimie théorique pour étudier des aspects très généraux de la chimie des fullerènes, en plein développement. Ceci le conduisit d'ailleurs à une nouvelle représentation de la structure électronique du benzène, donnée dans sa dernière publication, et à au moins un article pour lequel j'imagine mal un autre auteur que lui : "Any scalene triangle is the most chiral triangle".
Ses centaines publications ont ainsi couvert des domaines très variés, auxquels il a contribué puissamment, sans pourtant se spécialiser, ce qui explique peut-être que l'Académie des sciences ne l'ait pas accueilli comme Membre, mais seulement comme Correspondant. Et pourtant, quel homme attachant il aura été !

Guy Ourisson, novembre 2005

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