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Anatole ABRAGAM


15 décembre 1914 - 8 juin 2011


Anatole Abragam, né le 15 décembre 1914, Professeur honoraire au Collège de France, est décédé le 8 juin 2011, à Paris. Il avait été élu Membre de l'Académie des sciences le 25 juin 1973 (section de physique).

Repères biographiques


Notice nécrologique

Anatole Abragam a émigré en France avec sa famille en 1925. Après une licence ès sciences à Paris en 1936 et deux années de service militaire, il se réfugie en 1940 dans le sud de la France afin d'échapper au service du travail obligatoire. Il s'engage dans les FFI en 1944 et se réengage dans l'armée. Anatole Abragam est diplômé de l'École Supérieure d'Électricité en 1947, l'année même où il débute une brillante carrière au CEA où il deviendra Directeur de la Physique entre 1965 et 1971. Lors d'un séjour de deux ans au Clarendon Laboratory d'Oxford, il eut l'occasion de prendre connaissance des résultats expérimentaux d'une science débutante, la résonance paramagnétique électronique (RPE), et formalisa sous la direction de M. Pryce la théorie de la RPE dans le groupe du fer lors d'une thèse présentée à Oxford dont les résultats sont toujours abondamment cités. C'est dans le cadre de ses activités au CEA qu'il obtint en 1952 une bourse pour parfaire à Harvard ses connaissances sur la théorie des accélérateurs de particules, ce qui lui permit de s'initier à une découverte récente, celle de la résonance magnétique nucléaire aux côtés de l'un de ses co-découvreurs, R.V. Pound, Membre associé étranger de l'Académie des sciences, décédé en 2010. Tous deux développèrent la théorie des corrélations angulaires perturbées au cours de la cascade de deux émissions gamma. Ce pour quoi Anataole Abragam reste le plus connu est la création à Saclay à la fin des années 50 d'un laboratoire de résonance de magnétisme nucléaire qui allait devenir en moins de cinq ans l'un des centres les plus compétents et estimés au monde. Grand spécialiste du contrôle de l'échange d'énergie entre spins électroniques et nucléaires par l'application d'une irradiation radiofréquence appropriée, il effectua plusieurs avancées majeures : la découverte de la polarisation dynamique dans les liquides avec comme conséquence la construction du magnétomètre en champ terrestre le plus sensible à l'époque, la découverte de la polarisation dynamique dans les solides qui fut appliquée en 1958 à la construction de cibles de noyaux polarisés pour des expériences de physique nucléaire et finalement le développement de la notion de la température de spin, le tout faisant partie de "The Principles of Nuclear Magnetism", impressionnant ouvrage publié en 1961 qui demeure un demi siècle plus tard l'ouvrage de référence pour le magnétisme nucléaire. L'un des grands succès d'A. Abragam est d'avoir prédit l'existence d'ordre nucléaire dans les solides (antiferromagnétique ou ferromagnétique) qu'il mit ultérieurement en évidence avec ses collègues expérimentateurs à Saclay et qui donna lieu à l'écriture, avec notre confrère M. Goldman, de l'ouvrage "Nuclear Magnetism, Order and Disorder" publié en 1982.
Anatole Abragam nous laisse le souvenir d'un théoricien toujours à l'écoute de l'expérience. Il était un adepte d'une science qu'il aimait qualifier de légère. Sa plus grande satisfaction était d'observer avec ses collaborateurs les phénomènes tels qu'il les avait prédits. Professeur titulaire de la chaire de magnétisme nucléaire au Collège de France de 1960 jusqu'à 1985, ses cours et ses qualités pédagogiques lui permirent de former à cette discipline plusieurs générations d'étudiants.
Anatole Abragam a été comblé de reconnaissances internationales. Les titres de Docteur Honoris Causa lui ont été décernés par l'Université d'Oxford dont il était Fellow de Merton College et de Jesus College, par l'Université du Kent, et le Technion à Haifa. Il a été honoré par de nombreux prix scientifiques dont le grand Prix de la Recherche Scientifique en 1958 pour le magnétomètre ainsi que le prix Hohlweck de l'Institute of Physics, le prix Cognacq-Jay de l'Académie des sciences en 1970, la Médaille Mateucci en 1992, la Médaille Lomonosov avec son collègue V. Ginzburg et la prestigieuse Médaille Lorentz de l'Académie Royale des Pays-Bas en 1982. Il était Membre de la Royal Society de Londres, de l'American Academy of Arts and Sciences et de la National Academy of Sciences aux Etats-Unis, ainsi que de l'Académie de Russie. Il fut en 1981, et pour un temps, Membre de l'Académie Pontificale. A Abragam était Commandeur de la Légion d'Honneur, Grand Croix de l'Ordre National du Mérite et Commandeur des Palmes Académiques.

Denis Jérome, juin 2011

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