In memoriam

 


Élie Wollman

(4 juillet 1917 - 1er juin 2008)

 

Élu Correspondant le 24 mars 1980 (section de Biologie moléculaire et cellulaire, génomique)

L'œuvre de Élie Wollman
Élie Wollman, docteur en médecine et docteur ès sciences, était né en 1917, de parents tous deux éminents microbiologistes de l’Institut Pasteur (qui mourront en déportation). Après des études secondaires au lycée Buffon et de brillantes études supérieures, il fut mobilisé en 1939, s'engagea dans l’armée secrète, devint médecin des FFI dans le Tarn, puis médecin chef de la région d’Albi, ce qui lui a valu la Croix du combattant.
Élie Wollman est entré en 1945 à l’Institut Pasteur, dans le service de physiologie microbienne dirigé par André Lwoff. Il y a développé l’essentiel de sa carrière scientifique et a accédé progressivement à la fonction de sous-directeur (1966), non sans s’être puissamment investi dans l’organisation de la recherche et de l’enseignement. Parallèlement, il avait exercé des responsabilités très importantes au CNRS (membre du Directoire) puis à la DGRST.

Élie Wollman fut un véritable pionnier de la génétique microbienne, qui devait être à l’origine des développements de la biologie moléculaire. Selon son confrère pasteurien, François Jacob, "on lui doit une série impressionnante de découvertes sur les mécanismes génétiques para-sexuels des microbes". Il a été le premier en France à étudier la génétique de la bactérie E. coli K12 et du bactériophage , lesquels sont devenus, grâce à ses travaux, les organismes et systèmes de référence de la biologie aux plans génétique et physiologique entre 1960 et 1975.

Après un stage de 2 ans chez Max Delbrück au Caltech à Pasadena, Élie Wollman a étudié la structure et la localisation du "prophage" des bactéries lysogènes, en démontrant tout d’abord que ce prophage fait partie intégrante du chromosome bactérien. Ses recherches ont permis notamment la découverte du phénomène dit de l’induction zygotique (entrée du prophage dans un cycle lytique), après conjugaison d’une bactérie mâle lysogène avec une bactérie réceptrice non lysogène et ont conduit peu à peu à la mise en évidence d’un répresseur du prophage codé par certains gènes clés de ce provirus, répresseur inhibant le déclenchement du cycle de virulence, mais pouvant être directement ou indirectement inactivé.

On doit également à Élie Wollman d’avoir réussi, en collaboration avec François Jacob, à caractériser les principales étapes de la conjugaison bactérienne. Utilisant un ingénieux procédé provocant la cassure du chromosome "mâle", à diverses phases de sa pénétration et caractérisant les marqueurs génétiques des fragments chromosomiques déjà engagés dans la bactérie réceptrice, ses travaux ont contribué à établir la carte génétique du chromosome bactérien et d’en démontrer la circularité.

Élie Wollman a été aussi à l’origine des premiers repérages d’une nouvelle classe de facteurs génétiques, les épisomes, courts éléments chromosomiques capables d’exister, tantôt sous une forme intégrée dans le chromosome principal de la bactérie, tantôt à l’état libre dans le cytoplasme et possédant l’aptitude de se transférer d’une bactérie à une autre avec une grande efficacité. Ces travaux revêtiront plus tard une très grande importance en microbiologie médicale, dans le domaine de l'antibiorésistance.

Les recherches de Wollman lui ont valu plusieurs distinctions, dans l’Ordre de la Légion d’Honneur (Chevalier en 1966, Officier en 1980), et dans l’Ordre national du Mérite (Officier en 1967, Commandeur en 2001).
Élie Wollman était membre honoraire de l’Académie Royale de Belgique (1985) et Associé étranger de la National Academy of Sciences (1991). Il reçut de nombreux récompenses, dont le Prix de la Fondation Rapkine (1953), le Prix Lecomte du Noüy (1956), le Prix ESSEC (1958), ainsi que des Prix de l’Académie des sciences : Prix à la mémoire des savants français assassinés par les nazis (1958), Prix Roy Vaucouloux (1959) et Prix Charles-Léopold Mayer (1971).

Avec la disparition d’Élie Wollman, l’Institut Pasteur perd l’un de ses plus illustres représentants de la période d’après guerre et la communauté scientifique française perd un véritable savant, dont les travaux ont marqué de façon décisive le tournant moderne de la génétique microbienne.

François Gros

Le 10 novembre 2008

         
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