Jacques Arsac

Jacques Arsac
1er février 1929 - 14 janvier 2014

Notice nécrologique

Jacques Arsac, élu correspondant de l'Académie des sciences le 28 avril 1980 dans la section des sciences mécaniques et informatiques, est décédé le 14 janvier 2014.

Jacques Arsac était avant tout un homme généreux. Astronome ayant découvert l'informatique et ce qu'elle pouvait apporter à l'astronomie et aux astronomes, il n'a eu de cesse d'en répandre l'usage d'abord auprès de ses collègues astronomes puis auprès de tous ceux, nombreux, qui avaient besoin de calculs. C'est René de Possel qui a créé l'institut de Programmation mais, au vu et au su de tout le monde, c'est Jacques Arsac qui en était l'âme, le moteur, l'homme-orchestre qui faisait tout; car il y avait tout à faire pour savoir un peu ce qu'était la programmation avant d'en diffuser l'enseignement, pour délimiter un peu le champ de la nouvelle discipline qui, en France, a pris le nom d'Informatique alors qu'aux États-Unis, son pays natal, elle est restée science des calculateurs (computers). Comme il n'y avait rien, Jacques Arsac se battait toute la journée et, je pense, une partie de la nuit, pour écrire des compilateurs, faciliter le travail de tous ceux qui voulaient utiliser ce que nous appelions une machine à calculer, pour jeter les bases d'un enseignement de la programmation, pour recruter et former des gens qui puissent l'enseigner, pour attirer des étudiants vers cette nouvelle discipline, pour que les autres disciplines se poussent un peu pour faire de la place à cette nouvelle venue. Il ne cherchait rien pour lui-même, il négligeait de publier beaucoup des travaux qu'il faisait, il voulait seulement que ça marche et que l'informatique se développe, il faisait tout pour et il a réussi.

Je ne peux m'empêcher de penser, quand je pense à Jacques Arsac, aux moines défricheurs du onzième ou du douzième siècle. Jacques Arsac croyait tellement à ce qu'il faisait, à l'avenir de sa discipline qu'il s'est investi pendant dix ans pour en transporter l'enseignement au lycée, payant, là aussi, beaucoup de sa personne pour adapter les enseignements, les matériels et les logiciels et pour recruter et former des professeurs capables d'enseigner l'informatique, quelle que soit leur discipline d'origine (c'était un point sur lequel il insistait beaucoup, que tous devaient être capables d'apprendre et d'enseigner l'informatique). Jacques Arsac a mis dans cette expérience lycéenne tout son énergie, sa force de travail, sa foi en l'avenir, et il a perdu : en 1995 je crois, un décret est venu mettre fin à dix ans d'expérience de l'enseignement de l'informatique au lycée, à vrai dire on n'a jamais su pourquoi. Jacques Arsac en a été profondément meurtri.

Jacques Arsac a été avant tout un homme d'action dont l'action a permis à l'informatique de se développer rapidement à l'université de Paris, et un homme de foi, foi en la science, foi dans le progrès que pouvait apporter ces insupportables machines à calculer qui jusqu'en 1981 et l'avènement des PCs étaient vraiment délicates à manier pour des performances ridicules à côté de la moindre tablette d'aujourd'hui. Tous les informaticiens et utilisateurs de machines actuelles lui sont redevables de sa vision prophétique.

Maurice Nivat

Voir quelques repères biographiques