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Gilles KAHN

17 avril 1946 - 9 février 2006


Président Directeur Général de l’INRIA, Membre de l'Academia Europaæ, Membre de l’Académie des technologies, Chevalier de la Légion d’Honneur, Commandeur de l'Ordre National du Mérite, Gilles Kahn avait été élu Membre de l'Académie des sciences, le 24 novembre 1997, dans la section de sciences mécaniques et informatiques.

Notice nécrologique

Entré au CEA/CISI après ses études à l'École polytechnique, Gilles Kahn a complété sa formation à l'université de Stanford avant de rejoindre l'INRIA en 1972, où il a monté de nombreux projets scientifiques, d'abord au laboratoire de Rocquencourt, puis à partir de 1984 au nouveau centre de Sophia-Antipolis qu'il contribua à animer. Il a été Directeur Scientifique de l'INRIA de 1993 à 2004, avant d'en être nommé Président Directeur Général.
Grâce à son action au sein de l'INRIA en France et à l'étranger, Gilles Kahn a su lancer beaucoup de pistes nouvelles pour la science informatique-sémantique formelle pilotant les outils de programmation, systèmes distribués réactifs, modélisation du vivant, informatique médicale. Il fut l'un des moteurs du Web Consortium, dont l'INRIA est membre fondateur avec le MIT, missionné par la CEE pour en être l'hôte européen. Il joua un rôle clé pour identifier le défaut logiciel à base de la panne d'Ariane 501 lors de la commission d'enquête (1996). Il a été co-auteur de trois rapports au Ministre de l'industrie sur la recherche en télécommunications (1997), au Président de la République sur l'accès de tous à la connaissance (2000) et enfin au Ministre de la recherche et au Ministre de la culture sur l'offre légale sur Internet (2005). Il a co-présidé le conseil scientifique de la Fondation franco-chinoise pour la science et ses applications de l'Académie des sciences, et a présidé le Haut Conseil pour la coopération scientifique franco-israélienne.
Gilles Kahn a développé très tôt une véritable vision à long terme de l'informatique, dès les années 1970 où se situent certaines de ses contributions marquantes. Alors que la science informatique était encore largement en gestation, il avait compris dès cette époque que l'informatique était une discipline scientifique à part entière, une science parmi les sciences. Vingt ans plus tard, en 1997, il sera le premier membre de l'Institut de France élu dans la discipline "informatique". Il a reçu le Prix Michel Monpetit de l'Académie des sciences en 1992 pour l'ensemble de son œuvre.
Sa recherche personnelle comprend plusieurs idées fondamentales : donner un sens aux programmes, établir les fondements de la concurrence dans les processus de calcul, se doter de méthodes et d'outils pour développer des logiciels conformes à leurs spécifications. Pour lui, le trait unificateur de ces grands axes est la modélisation mathématique et logique du processus de calcul.
Historiquement la première contribution marquante associée à son nom a été la découverte de ce qui est connu comme les "réseaux de Kahn" (IFIP, 1971), cadre conceptuel pour décrire le calcul distribué asynchrone. Ces travaux participent d'un courant d'idées partagé avec les Bell Laboratories où s'ébauche alors le système d'exploitation UNIX. Une version synchrone de ces réseaux est à la base de langages réactifs comme Lustre, dont le dérivé industriel Scade est utilisé massivement en aéronautique.
Gilles Kahn a été l'un des pionniers du domaine de la sémantique des langages de programmation, laquelle permet de donner un sens mathématique précis à un programme informatique. Dès 1975, il a organisé un congrès précurseur à Arc-et-Senans, sur la construction, l'amélioration et la vérification de programmes. Son équipe a contribué de manière essentielle au succès de l'appel d'offres du Département de la défense américain pour le langage ADA en fournissant une sémantique formelle de la partie séquentielle du langage.
Pour pouvoir étendre la sémantique d'un programme en une notion de sens d'un ensemble de processus communicants, Gilles Kahn a développé, en collaboration avec ses collègues de l'université d'Edimbourg où il a passé une année sabbatique en 1975-1976, à l'élaboration d'une importante théorie des domaines de calcul concrets, œuvre séminale de tout un courant de recherches.
En 1983, il a participé à la création de l'unité de recherche INRIA de Sophia-Antipolis. Il y a développé une théorie élégante, celle de la "sémantique naturelle". On peut grâce à ce concept manipuler un programme comme une formule, c'est-à-dire calculer des propriétés de programmes. Cette percée a ouvert la voie au développement d'environnements de programmation, où les programmes sont manipulés de pair avec leur spécification. Ces idées ont donné naissance aux environnements de programmation Mentor (1975), puis Centaur (1990).
Avec l’idée de manipuler informatiquement les preuves elles-mêmes, pour permettre la vérification mécanique de propriétés de programmes et de logiciels, Gilles Kahn a contribué à l'émergence de la communauté scientifique européenne reliant la problématique de programmation avec le développement de mathématiques constructives certifiées (notamment en organisant en 1984 un congrès fondateur de Théorie des Types à Sophia-Antipolis). Il participa personnellement au développement du système de preuves Coq, par la conception de bibliothèques spécialisées pour raisonner sur les domaines de calcul, par la contribution à l'écriture d'un Tutoriel, et par le développement d'un interface utilisateur sophistiqué CTCoq s'appuyant sur l'éditeur structuré Centaur. En 1995, il a été organisateur d'un institut spécialisé sur la sémantique à l'Institut Isaac Newton de Cambridge.
Gilles Kahn était un véritable chercheur dans l'âme. Il aimait le débat d'idées avec des chercheurs, qu'ils soient académiciens ou doctorants. Tous les scientifiques qui l'ont côtoyé se souviendront de la chaleur et de l'intelligence de ces échanges. Sa vision scientifique était remarquablement large, et il était passionné par les interactions de l'informatique avec des domaines comme les mathématiques, la physique, la biologie et la médecine.


Gérard Huet, mai 2006


"Sciences et technologies de l’information et de la communication"

Conférence donnée par Gilles Kahn dans le cadre du cycle "Les défis scientifiques du 21e siècle", le 30 mars 2004

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