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In memoriam
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Henri BENOÎT


11 juillet 1921 - 23 mars 2009


Notice nécrologique

Henri Benoît, né le 11 juillet 1921, est décédé le 23 mars 2009. Il avait été élu Correspondant de l'Académie des sciences, le 13 juin 1983, dans la section de Physique.

Jeune normalien, Henri Benoît a préparé sa thèse à l’Institut de Physique de Strasbourg, dans l’immédiat après-guerre, sous la direction de Charles Sadron. Il bâtit avec lui, en 1954, le Centre de recherches sur les macromolécules (CRM), laboratoire du CNRS devenu en 1985 l'Institut Charles Sadron et réinstallé en 2008 dans de nouveaux locaux à Cronenbourg. Il en a été le sous-directeur, puis, de 1967 à 1978, le directeur.
Les travaux d'Henri Benoît sur la statistique des chaînes, la thermodynamique des solutions, la diffusion du rayonnement, la chromatographie d’exclusion stérique restent largement cités. Lorsque de nouvelles approches de la physique statistique ont conduit P.-G. de Gennes - prix Nobel 1991 - à revisiter le champ des polymères, c’est en association avec lui que Henri Benoît a animé la collaboration Strasbourg - Saclay - Collège de France, tirant parti des possibilités offertes par la synthèse de polymères deutériés et leur étude par diffusion des neutrons au réacteur de recherche de l’Institut Laue-Langevin à Grenoble, pour en vérifier les prédictions. Henri Benoît en a tiré un ouvrage écrit avec Julia Higgins (Imperial College à Londres) : Polymer and Neutron Scattering.
La reconnaissance nationale et internationale envers Henri Benoît est attestée par des prix prestigieux : prix Robin de la Société française de physique (1978), Polymer Physics Prize de l’American Physical Society (1978), prix Gay-Lussac-Humboldt (1986), sans compter la Médaille d'argent du CNRS et la Médaille d'or de l'Académie tchécoslovaque des sciences. Il avait su nouer de nombreux liens scientifiques, en particulier avec l’Institut Max Planck de Mayence.
Esprit indépendant, au franc parler, qui manifestait un certain anticonformisme ironique à l’égard des tutelles, donnant la priorité à la recherche sur les tâches administratives, Henri Benoît s’investissait néanmoins dans les tâches d’intérêt général qui lui paraissaient utiles à la communauté scientifique au sein de l’Université, du comité national du CNRS ou de la Division Macromoléculaire de l’International Union of Pure and Applied Chemistry (IUPAC) dont il fut président. Mais aussi pour le développement, au plan local, des liens entre la Science et la Société. Il a fortement contribué à la création, à côté du CRM, de l’École d’application des haut-polymères (maintenant regroupée au sein de l’École de chimie, polymère et matériaux de Strasbourg, sur le campus de Cronenbourg) pour la formation d’Ingénieurs spécialisés au contact de la recherche.
Soucieux de démontrer que les réponses apportées par la recherche fondamentale aux interrogations des chercheurs pouvaient se traduire rapidement en innovation, il a maintenu la tradition de relations industrielles datant des débuts du CRM. Il a œuvré de 1967 à 1987, aux côtés de E. Journoud, à la création et au fonctionnement de l’Association pour le développement des relations entre l’Économie et la Recherche au sein des Universités de Strasbourg (ADRERUS). Il s’était fortement impliqué dans le projet d’installation à Strasbourg du synchrotron, finalement implanté à Grenoble.
Il y avait un "style Benoît". Dans son enseignement, en particulier ses cours de thermodynamique statistique, qui ont marqué ses étudiants, il mettait en valeur, sous une décontraction apparente, la construction d’un savoir qui les forçait à réfléchir. Dans son activité de recherche, il savait lancer une idée, la laisser germer dans l’esprit de ses doctorants ou de ses collaborateurs, puis leur en abandonner la paternité sans leur marchander son aide.
Décidant de transmettre, à l'approche de la soixantaine, la direction du laboratoire à des plus jeunes, il en est simplement redevenu un chercheur actif et productif, disponible aux autres. Ses derniers articles sont parus en 2007.
Les institutions et les laboratoires ont une histoire qui imprègne leur devenir. Certains hommes contribuent fortement à cette histoire. Henri Benoît aura été de ceux-là.

Gilbert Weill, Professeur honoraire de physique, Université de Strasbourg, avril 2009

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