Président
Directeur Général de lINRIA
Membre de l'Academia Europaæ
Membre de lAcadémie des technologies
Chevalier de la Légion dHonneur
Commandeur de l'Ordre National du Mérite
Élu
Membre de l'Académie des sciences le 24 novembre 1997
(section de Sciences mécaniques et informatiques)
Éminent
informaticien, chercheur passionné et dune curiosité
insatiable, Gilles Kahn a su associer spéculation scientifique,
technologie et applications industrielles. Il a apporté
des contributions de tout premier plan dans plusieurs domaines
: les environnements de programmation, le parallélisme
(les "réseaux de Kahn" représentent
aujourdhui un cadre conceptuel reconnu), la sémantique
des langages de programmation, les environnements de preuve
sur ordinateur.
Grâce à son action au sein de lINRIA en France
et à létranger, Gilles Kahn a également
su lancer beaucoup de pistes nouvelles pour la science informatique.
Il co-présidait le conseil scientifique de la Fondation
franco-chinoise pour la science et ses applications, de lAcadémie
des sciences, et présidait le Haut Conseil pour la coopération
scientifique franco-israélienne.
Homme de conviction, débordant didées, Gilles
Kahn sétait acquis le respect et lamitié
de tous. Il a marqué avec éclat la science de
notre pays.
L'uvre
de Gilles Kahn
Entré
au CEA/CISI après ses études à l'École
polytechnique, Gilles Kahn a complété sa formation
à l'université de Stanford avant de rejoindre
l'INRIA en 1972, où il a monté de nombreux projets
scientifiques, d'abord au laboratoire de Rocquencourt, puis
à partir de 1984 au nouveau centre de Sophia-Antipolis
qu'il contribua à animer. Il a été Directeur
Scientifique de l'INRIA de 1993 à 2004, avant d'en être
nommé Président Directeur Général.
Grâce
à son action au sein de l'INRIA en France et à
l'étranger, Gilles Kahn a su lancer beaucoup de pistes
nouvelles pour la science informatique-sémantique formelle
pilotant les outils de programmation, systèmes distribués
réactifs, modélisation du vivant, informatique
médicale. Il fut l'un des moteurs du Web Consortium,
dont l'INRIA est membre fondateur avec le MIT, missionné
par la CEE pour en être l'hôte européen.
Il joua un rôle clé pour identifier le défaut
logiciel à base de la panne d'Ariane 501 lors de la commission
d'enquête (1996). Il a été co-auteur de
trois rapports au Ministre de l'industrie sur la recherche en
télécommunications (1997), au Président
de la République sur l'accès de tous à
la connaissance (2000) et enfin au Ministre de la recherche
et au Ministre de la culture sur l'offre légale sur Internet
(2005). Il a co-présidé le conseil scientifique
de la Fondation franco-chinoise pour la science et ses applications
de l'Académie des sciences, et a présidé
le Haut Conseil pour la coopération scientifique franco-israélienne.
Gilles
Kahn a développé très tôt une véritable
vision à long terme de l'informatique, dès les
années 1970 où se situent certaines de ses contributions
marquantes. Alors que la science informatique était encore
largement en gestation, il avait compris dès cette époque
que l'informatique était une discipline scientifique
à part entière, une science parmi les sciences.
Vingt ans plus tard, en 1997, il sera le premier membre de l'Institut
de France élu dans la discipline "informatique".
Il a reçu le Prix Michel Monpetit de l'Académie
des sciences en 1992 pour l'ensemble de son uvre.
Sa
recherche personnelle comprend plusieurs idées fondamentales
: donner un sens aux programmes, établir les fondements
de la concurrence dans les processus de calcul, se doter de
méthodes et d'outils pour développer des logiciels
conformes à leurs spécifications. Pour lui, le
trait unificateur de ces grands axes est la modélisation
mathématique et logique du processus de calcul.
Historiquement
la première contribution marquante associée à
son nom a été la découverte de ce qui est
connu comme les "réseaux de Kahn" (IFIP, 1971),
cadre conceptuel pour décrire le calcul distribué
asynchrone. Ces travaux participent d'un courant d'idées
partagé avec les Bell Laboratories où s'ébauche
alors le système d'exploitation UNIX. Une version synchrone
de ces réseaux est à la base de langages réactifs
comme Lustre, dont le dérivé industriel Scade
est utilisé massivement en aéronautique.
Gilles
Kahn a été l'un des pionniers du domaine de la
sémantique des langages de programmation, laquelle permet
de donner un sens mathématique précis à
un programme informatique. Dès 1975, il a organisé
un congrès précurseur à Arc-et-Senans,
sur la construction, l'amélioration et la vérification
de programmes. Son équipe a contribué de manière
essentielle au succès de l'appel d'offres du Département
de la défense américain pour le langage ADA en
fournissant une sémantique formelle de la partie séquentielle
du langage.
Pour
pouvoir étendre la sémantique d'un programme en
une notion de sens d'un ensemble de processus communicants,
Gilles Kahn a développé, en collaboration avec
ses collègues de l'université d'Edimbourg où
il a passé une année sabbatique en 1975-1976,
à l'élaboration d'une importante théorie
des domaines de calcul concrets, uvre séminale
de tout un courant de recherches.
En
1983, il a participé à la création de l'unité
de recherche INRIA de Sophia-Antipolis. Il y a développé
une théorie élégante, celle de la "sémantique
naturelle". On peut grâce à ce concept manipuler
un programme comme une formule, c'est-à-dire calculer
des propriétés de programmes. Cette percée
a ouvert la voie au développement d'environnements de
programmation, où les programmes sont manipulés
de pair avec leur spécification. Ces idées ont
donné naissance aux environnements de programmation Mentor
(1975), puis Centaur (1990).
Avec
lidée de manipuler informatiquement les preuves
elles-mêmes, pour permettre la vérification mécanique
de propriétés de programmes et de logiciels, Gilles
Kahn a contribué à l'émergence de la communauté
scientifique européenne reliant la problématique
de programmation avec le développement de mathématiques
constructives certifiées (notamment en organisant en
1984 un congrès fondateur de Théorie des Types
à Sophia-Antipolis). Il participa personnellement au
développement du système de preuves Coq, par la
conception de bibliothèques spécialisées
pour raisonner sur les domaines de calcul, par la contribution
à l'écriture d'un Tutoriel, et par le développement
d'un interface utilisateur sophistiqué CTCoq s'appuyant
sur l'éditeur structuré Centaur. En 1995, il a
été organisateur d'un institut spécialisé
sur la sémantique à l'Institut Isaac Newton de
Cambridge.
Gilles
Kahn était un véritable chercheur dans l'âme.
Il aimait le débat d'idées avec des chercheurs,
qu'ils soient académiciens ou doctorants. Tous les scientifiques
qui l'ont côtoyé se souviendront de la chaleur
et de l'intelligence de ces échanges. Sa vision scientifique
était remarquablement large, et il était passionné
par les interactions de l'informatique avec des domaines comme
les mathématiques, la physique, la biologie et la médecine.
Gérard
Huet
Le
2 mai 2006
"Sciences
et technologies de linformation et de la communication"
Vidéo
de la conférence donnée par Gilles Kahn dans le
cadre du cycle "Les défis scientifiques du 21e siècle"
réalisée en partenariat avec CNRS/ccsd-IN2P3
(30 mars 2004)